Message du Père Lionel Dehoux


Chers amis et bienfaiteurs,

Tout d'abord un grand merci pour votre intérêt en faveur des œuvres dont je m'occupe en Haïti. Bienvenue à vous tous et spécialement à tous ceux qui viennent nous visiter pour la première fois.

Où sont situées ces œuvres  et en quoi consistent-elles ?

Notre communauté  a été fondée en 1984  avec l’aide du Père Farnes Louis-Charles.
Ces œuvres, situées  en partie à Etang-Rey, dans les montagnes de Miragoâne, et en partie à Belle-Fontaine, en plein cœur de la chaîne de La Selle, sont multiples :

En premier lieu, une congrégation religieuse contemplative autochtone de 40 membres,  les Petites Servantes de Jésus-Hostie, du Cœur Immaculé de Marie et de Saint Joseph, presque toutes d'origine paysanne, de familles très pauvres, la plupart venant de la région de Belle-Fontaine ;

Ensuite des maisons d'accueil pour plusieurs jeunes et enfants, orphelins ou de familles extrêmement pauvres, recueillis très jeunes dans des situations souvent dramatiques, c'est-à-dire sauvés de la mort vivant à Etang-Rey et quelques autres à Port-au-Prince, où ils poursuivent leurs études secondaires .

Enfin en une œuvre d'assistance multiforme à la population qui nous entoure, tant à Etang-Rey qu'à Belle-Fontaine, comportant :

un dispensaire pour indigents avec consultations gratuites et médicaments à bas prix ou donnés gratuitement à ceux qui ne peuvent payer ;

un repas pour tous ceux qui viennent, parfois de loin, crier famine et ils sont quotidiens, souvent de petits enfants ou des vieillards amaigris ; des aumônes quotidiennes parfois importantes, selon nos moyens, pour faire face à toutes les situations de détresse qui se présentent à nous ; pour ne citer que quelques cas, parmi de nombreux autres : cette jeune femme, Nana, qui voulait se débarrasser de l'enfant qu'elle portait et que nous avons encouragé à le garder, en lui promettant notre aide pour son entretien ; trois petites filles à Etang-Rey découvertes récemment avec des cheveux jaunes, signe de malnutrition, au visage émacié ; Marie-Rose, abandonnée par son mari, qui vivait dans un taudis avec ses 8 enfants dont aucun n'est scolarisé, pour qui il a fallu construire une maisonnette et aider à scolariser au moins la plus grande fille, déjà âgée de 16 ans ; souvent des malades à aider à aller aux hôpitaux de la région, (parfois à les faire conduire dans notre véhicule),: comment résister devant tant et de si grandes souffrances ?

La construction de maisonnettes décentes pour remplacer les taudis en chaume, indignes d'êtres humains dans lesquels croupissent tant de nos frères et sœurs paysans dans toutes les parties d'Haïti, surtout ceux des montagnes, pour lesquels s'ajoute à la misère commune la souffrance du froid des nuits ;

L'aide à l'écolage de plusieurs enfants ne pouvant se rendre à l'école ;
bref « aide à toute détresse connue et proche », dans toute la mesure de nos moyens : c'est la devise que nous avons adoptée et nous faisons vraiment l'impossible pour y rester fidèles, en faisant une totale et absolue confiance à la Divine Providence. La Divine Providence, Elle-même, a coutume de se servir d'instruments humains, comme vous-mêmes, chez qui Elle suscite des sentiments d'amour et de miséricorde.

Bien entendu, il est impossible de faire face en même temps à tous ces besoins qui sont immenses. Les 4 cyclones récents et le tremblement de terre du 12 janvier dernier n'ont fait qu'aggraver la situation déjà si précaire : maisons endommagées ou détruites partiellement, jardins détruits en quantité, donc récoltes perdues, donc d'ici un ou deux mois situation de famine, avec son lot de maladies, mais il est certainement possible de faire quelque chose et même de faire beaucoup, si l'on veut vraiment.

Une formule créole, attribuée au Père Louis-Charles, dont nous sommes les disciples, exprime bien notre position :

« Fé byen, toutotan ou kapab, pou tout moun ou kapab, tout koté ou kapab, joustan ou pa kapab ankò ».

Sr Marie-Ange, décédée l'an dernier, disait, elle, au cœur de ses grandes souffrances : « Pa janm di ou pa kapab ankò »

Votre aide nous a été très précieuse l'an dernier nous le sera encore davantage cette année. Nous vous en sommes extrêmement reconnaissants.

Situation spéciale à laquelle nous ne pouvons rester indifférents : la situation extrêmement pénible de Belle-Fontaine. (où je fus curé de 1975 à 1985 et où a pris naissance notre communauté religieuse en 1976).

Une des populations les plus pauvres et les plus défavorisées d'Haïti. A part la présence du prêtre et d'une école récemment ouverte par les Petits Frères de Sainte Thérèse, aucun service public dans toute la zone, dans le domaine de la santé notamment. Pas un médecin, pas une infirmière, pas une auxiliaire pour une population de plus de 50,000 âmes.

Pour comble de malheur, une épidémie de « puces chiques » s'est abattue sur une partie de cette zone. Cette toute petite puce (appelé puce pénétrante) pénètre sous la peau et y pond ses œufs, en général sous les ongles des pieds, parfois dans les coudes, créant des inflammations très douloureuses et difficiles à guérir, car il faut extraire les sacs d'œufs avec une épingle, opération délicate et longue pour chaque patient. Depuis plus de 4 mois, quatre de nos sœurs se dévouent auprès de cette population, ce qui nous presse de refonder le monastère de Belle-Fontaine où la communauté a pris naissance en 1976, ce qui va nécessiter des dépenses supplémentaires tant pour le ré-aménagement du monastère et l'entretien des religieuses que pour le soin de ces malades.

Voici en résumé l'aide qui nous fait le plus besoin :

  • d'abord pour l'entretien des religieuses et des jeunes : malgré tous nos efforts, nous ne suffisons pas à les entretenir : nos entreprises (jardins, élevage, petite imprimerie, fabrication de chapelets et de scapulaires) ne rapportent malheureusement pas suffisamment, ensuite notre partage quotidien avec les pauvres réduit considérablement la part des sœurs et des jeunes ;

  • aide pour secourir les miséreux si nombreux qui nous entourent à Etang-Rey et ceux de Belle-Fontaine, dont la situation est bien plus grave encore ;

  • aide pour soigner les malades de Belle-Fontaine qui, comme nous l'avons dit, n'ont absolument aucun service sanitaire à leur disposition ; seules nos 4 petites sœurs, avec un zèle admirable, se dévouent de leur mieux depuis 4 mois à essayer d'enrayer l'épidémie de « chiques » : elles ont entre autres besoin en quantité, de coton, de toile gaze, de « bétadine » (povidone-iodine), d'eau oxygénée, de chaussettes ou de bas épais pour prévenir la ré-infection (fréquente à cause de la poussière dans laquelle prolifèrent les puces, (les maisonnettes n'ayant pas de parquet cimenté: maisons au sol en terre battue)

  • aide pour la construction ou la réparation de maisonnettes, tant à Belle-fontaine qu'à Etang-Rey

J'ai voulu réserver pour la fin quelques mots d'explications sur la communauté religieuse contemplative, les Petites Servantes de Jésus-Hostie, du Cœur Immaculé de Marie et de Saint Joseph, qui est pour nous et, de loin, l'œuvre la plus importante et qui, d'ailleurs soutient et conditionne toutes les autres. Plusieurs ne le savent peut-être pas.

Il y a un lien très profond entre l'amour de Dieu et l'amour du prochain. Plus nous aimons Dieu, plus nous aimons aussi notre prochain que Dieu aime infiniment. Jésus disait à Ses disciples : « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner Sa vie pour ses amis », c'est-à-dire pour tous les hommes sans exception.

Il y a plusieurs façons de donner sa vie : l'une d'elle est de se consacrer au service des pauvres, comme nous le faisons, et comme le font tant de communautés religieuses à travers le monde, entre autres les Missionnaires de la Charité, fondées par la bienheureuse Mère Teresa de Calcutta.

Une autre façon, moins évidente peut-être mais non moins fructueuse, est de se consacrer à la prière et au sacrifice, pour le salut du monde, car seul Dieu peut vraiment sauver le monde de tant de calamités qui s'abattent sur lui et Dieu le fait en réponse à nos prières. C'est pourquoi une communauté contemplative joue un rôle capital, disons même vital, dans la vie et l'avenir du monde, tout spécialement une communauté qui se consacre jour et nuit à l'adoration du Très Saint Sacrement. Le bien qui se fait dans ces heures d'adoration est un bien caché, secret, mais immense, incommensurable, qui concerne le monde entier. Il ne faut pas sous-estimer l'influence silencieuse d'une telle communauté de prière.

Le Pape Jean-Paul II disait ceci : « Ce sont les adorateurs silencieux qui bâtissent le monde nouveau de l'an 2000 » et encore : « La vie contemplative est le plus pur joyau de l'Eglise du Christ ». Tout arbre a besoin de racines et plus celles-ci sont fortes et profondes, plus l'arbre est vigoureux. Les contemplatifs sont les racines secrètes mais indispensables de la vie de l'Eglise et du monde.

C'est pour pouvoir se consacrer plus totalement à leur très importante mission de prière silencieuse, que les contemplatifs ont aussi besoin de votre appui financier. De tout temps, depuis les origines de l'Eglise, les chrétiens qui comprennent l'immense importance de la prière dans la vie du monde, ont toujours eu à cœur d'aider les contemplatifs au profit de l'humanité entière.

Nous vous confions tous à l’intercession d'une grande contemplative, Sainte Faustine de la Miséricorde, dont l'influence posthume est énorme dans le monde entier. Qu'elle vous obtienne à tous, en récompense de votre générosité, de parvenir à la Vision bienheureuse de Dieu, en quoi consiste la Vie éternelle, ainsi que Jésus l'a promis : « Venez, les bénis de Mon Père, prendre possession du royaume préparé pour vous depuis la création du monde, car J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger ».